Les temps morts dans le travail ?

Un article aujourd’hui pour réfléchir à la notion de travail invisible et de temps morts qui nous concernent tous dans le travail. Ce qui pose alors la question de l’évaluation (d’une partie souvent grande) du travail qui ne se voit pas.

Des exemples de travail invisibles qui ressemblent à des temps morts (et on peut les trouver dans tous les métiers) :

  • un vendeur dans son commerce, en apparence inoccupé, mais qui veille de loin à ce qui se passe chez les clients dans la boutique, voire devant sa vitrine. Prêt à intervenir au bon moment pour prendre contact, poser une question…
  • un infirmier en psychiatrie qui mine de rien boit son café tout en observant les malades déambuler dans le couloir. Comme un moyen thérapeutique de voir comment ils vont sans avoir l’air de les scruter
  • le manager qui passe dans l’openspace et qui prend la température de l’ambiance. Comme une médecin prend le pouls de son patient
  • les temps de pause à la machine à café, où l’on parle de tout et de rien. Mais surtout où se solutionnent souvent beaucoup de problèmes de travail. Et où circulent beaucoup de données informelles qui vont permettent de faire avancer un projet.

La question de l’évaluation du travail

Christophe Dejours soutient la thèse que le travail ne peut pas être évalué . « Car seul ce qui appartient au monde visible est accessible à l’expérimentation scientifique et peut faire l’objet d’une évaluation objective. De sorte que ce qu’on évalue ne correspond qu’à ce qui est visible (la partie matérialisée de la production), et n’a aucune proportionnalité avec le travail effectif ».

Or, travailler c’est par moment « ne rien faire » au sens de la production. Et pourtant réside là une intelligence du travail, comme donner le signal au patient, au collaborateur, au client que l’on est disponible pour lui. En étant juste présent ou en train de « faire une pause ». Et cela bien sûr rentre directement en conflit avec la prescription du travail qui est « il y a toujours quelque chose à faire ! ».

Dejours ajoute dans cette perspective : « pour être intelligent dans son travail, il faut savoir faire preuve de discrétion ».

Pour aller plus loin, certaines organisations du travail cherchent à éradiquer ces temps morts considérés comme improductifs. C’est une grave erreur de compréhension, d’une part sur la nature du travail. Et d’autre part sur les conditions d’efficacité au travail. En effet, « travailler suppose d’en passer par des chemins qui s’écartent de la prescription » et « le travail se définit comme ce que le sujet doit ajouter aux prescriptions pour pouvoir atteindre les objectifs qui lui sont assignés » (Dejours). Les temps morts en font bien partie !

 

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